Journal de Paul-Marie Coûteaux
Une certaine Idée de la France et du monde

La vertigineuse addition des délires du système des partis, de l'égotisme de notre bocal politique où se sont perdus, hélas, ceux qui ont tour à tour prétendu relever le drapeau, d'une longue suite de gouvernements nuls, de l'incurie de dirigeants qui n'ont de responsables que le nom et, par-dessus tout, de l'oubli par notre peuple de tout souci de lui-même, a créé autour de nous une situation certes douloureuse mais que la France a souvent connue : le chaos. Nous voici près de ce que Bainville appelait la "récurrente anarchie française", dont nous n'apercevons encore que les premiers prodromes. Ce n'est pas une raison pour croire que la France se meure. Qui connaît l'Histoire sait qu'elle en a vu d'autres, et que l'essentiel est toujours, et en dépit de tout, de faire vivre une idée de la France, et à travers elle une idée de la diversité et de la beauté du monde. Cette idée resurgira tôt ou tard : il suffit de la garder au coeur, de distinguer ce qui meurt et ce qui vit, de voir, de comprendre, de protéger la langue, et d'écrire. Voici la suite d'un journal que je tiens depuis 1992, dont j'ai déjà fait paraître des extraits dans un ouvrage, "Un petit séjour en France", ainsi que divers blogues-notes, "For intérieur" puis "Une certaine Idée"...

mardi 21 janvier 2014

Journal de campagne à Paris (janvier - mars 2014)

Lundi 20 janvier. -- ...du général de Gaulle, il fut une fois de plus question un peu plus tard, au cours d'une conversation avec trois militants poitevins du SIEL (ils disent "SIEL 86"...), qui sont venus me voir pour me conter leurs déboires locaux (eux aussi ! y revenir, mais pas tout à la fois), et qui ont abordé spontanément le "ni droite ni gauche" dont je traitais ici, hier. L'un d'eux, bon gaulliste de Châtellerault que j'ai connu au temps du RPF de Pasqua et Villiers, fit intelligemment observer que si le Général a bien dit cette phrase tant citée "Ce n'est pas la droite, la France ! Et ce n'est pas la gauche !", il n'entendait pas nier pour autant qu'elles existassent l'une et l'autre, et que ce fût la même chose - simplement que ni l'une ni l'autre ne pouvait s'accaparer la France, qui est de toutes façons au-dessus de tout cela... Ceux qui invoquent de Gaulle pour faire gober la stratégie "ni droite ni gauche" sont bien légers, en effet, et à deux titres.

     D'abord, on peut aimer la France comme être historique global et appartenir à certains de ses courants ou traditions plutôt qu'à d'autres : et c'était bien le cas du Général, dont toute la vie politique, jusqu'à l'entrée en résistance des socialistes puis des communistes en 1941-1942, fut à droite, depuis les cercles Fustel de Coulanges, monarchistes, jusqu'aux amis du Temps présent, démocrates, chrétiens - et farouchement anti-communistes. Ne fit-il pas, en 1940, à Londres, enlever de tous les documents de la France Libre la devise républicaine pour la remplacer par "Honneur et Patrie", une des devises des Ligues - ce qui le fit longtemps passer auprès des hommes de gauche, à commencer par ceux de Londres, pour un factieux plus ou moins monarchiste ? Qu'il vint de la droite est incontestable, comme l'est aussi le simple fait qu'il gouverna avec des hommes "de droite" bien plus que "de gauche" - lesquels ont d'ailleurs provoqué son départ en 1946, et qui crièrent au "Général réactionnaire" aux temps du RPF, (parti nettement à droite, et sans complexe - doté certes d'une solide doctrine sociale, mais c'était celle de l'Eglise, et plus exactement celle du Comte de Chambord...), puis en 1958, puis en 68, etc. De Gaulle venait de la droite et il faut croire qu'il n'évolua pas tant car, s'il voulut toujours voir, en bon lecteur qu'il fut de l'Action Française (sa soeur Agnès affirma qu'il la lisait jusqu'en 1940), la France comme nation unifiée, il lui arriva de dire, le 1er mai 1950, que le goût de l'argent des hommes de droite était moins grave que le séparatisme et la négation des droits de la nation (...)

     Etourdis, les "ni droite ni gauche" le sont aussi quand ils oublient que la volonté gaulienne de faire travailler ensemble droite et gauche "à une même oeuvre française" dépendit beaucoup, comme toujours, des circonstances : à partir de 41 et surtout 42, la résistance intérieure venant en partie des gauches, il n'était pas question de la diviser, et d'autant moins qu'il y avait en ce temps-là d'authentiques patriotes de gauche - ainsi ensuite à la Libération quand l'ensemble d'une génération, toutes tendances confondues, se jeta dans l'oeuvre de reconstruction nationale, ce dont il reste des traces à gauche jusqu'aux premières décennies de la Ve République... Hélas, ces circonstances sont bien passées, et les mirages soixanthuitards, puis ceux de l'Union européenne, puis ceux du mondialisme, que les socialistes en peau de lapin prennent pour un internationalisme, a détruit depuis lurette la gauche nationale et républicaine, au sens où la République suppose souveraineté nationale, autorité de l'Etat et défense de la civilisation et du droit : il n'en reste que Jean-Pierre Chevènement et quelques-uns de ses vieux amis - vraiment pas grand chose.

     Dès lors, à quoi rime la chanson du "ni droite - ni gauche", hormis la pauvre martingale électoraliste visant à faucher quelques électeurs de M. Hollande - des déçus de la gauche qui ne sont pas des déçus de la France, et qui réclament surtout des sous-sous... Hormis le gain électoral, c'est-à-dire la logique partisane, où est, chez les artisans du "ni droite ni gauche", le souci du Gouvernement authentique, et l'impérieuse urgence d'y accéder tant qu'il en est temps encore ?

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