Journal de Paul-Marie Coûteaux
Une certaine Idée de la France et du monde

La vertigineuse addition des délires du système des partis, de l'égotisme de notre bocal politique où se sont perdus, hélas, ceux qui ont tour à tour prétendu relever le drapeau, d'une longue suite de gouvernements nuls, de l'incurie de dirigeants qui n'ont de responsables que le nom et, par-dessus tout, de l'oubli par notre peuple de tout souci de lui-même, a créé autour de nous une situation certes douloureuse mais que la France a souvent connue : le chaos. Nous voici près de ce que Bainville appelait la "récurrente anarchie française", dont nous n'apercevons encore que les premiers prodromes. Ce n'est pas une raison pour croire que la France se meure. Qui connaît l'Histoire sait qu'elle en a vu d'autres, et que l'essentiel est toujours, et en dépit de tout, de faire vivre une idée de la France, et à travers elle une idée de la diversité et de la beauté du monde. Cette idée resurgira tôt ou tard : il suffit de la garder au coeur, de distinguer ce qui meurt et ce qui vit, de voir, de comprendre, de protéger la langue, et d'écrire. Voici la suite d'un journal que je tiens depuis 1992, dont j'ai déjà fait paraître des extraits dans un ouvrage, "Un petit séjour en France", ainsi que divers blogues-notes, "For intérieur" puis "Une certaine Idée"...

dimanche 2 novembre 2014

Mercredi 29 octobre deux mil quatorze

Paris, et son habituelle foison de rencontres, plaisirs et occupations en zigzag, auxquels je peux enfin m’adonner sans avoir à rendre des comptes. La peste soit les années que je viens de passer ! Ai par exemple reçu hier au soir, enfin à l’aise, pour un dîner presque intime rue de Rennes, MC1&PO, au cours duquel furent dites bien des choses prometteuses - si j’abandonne bel et bien l’action politique directe (encore était-ce un bien grand mot), je n’en vois pas moins apparaître à l’horizon quelques heureuses perspectives ; celles que trace PO, notamment sur la déconsommation, dessinent un autre projet de société, comme on disait jadis, un modèle français de développement, et surtout la restauration d’un art de vivre à la française qui s’engloutit ; il me faut en écrire…

Ce matin, petit déjeuner chez Lipp avec Philippe Marini que je n’avais pas vu de puis longtemps ; il me raconte les dernières péripéties du Sénat. Tombons d’accord, certes facile à conclure, sur l’épouvantable médiocrité du bocal politique français, où ne se voit plus désormais d’exception, et surtout sur l’impossibilité qu’en émerge jamais un homme ou une femme capable de transcender toutes les tendances, ambitions, cloisonnements et coteries de la droite, capable de l’incarner enfin sans plus faire de concession à l’hégémonie intellectuelle et politique des gauches, centres et centres-droits inclus. Rien de ce genre à l’horizon, en sorte qu’il se pourrait bien qu’il n’y ait en 2017, entre les candidats des gauches, des centres et les « ni droite-ni gauche », aucun candidat de droite. Or, c’est ce qui pourrait tout débloquer. La France n’a vraiment pas de chance …

Puis vais au Palais de Justice, où je dois retirer je ne sais quelle convocation à la première audience du procès qui m’est intenté par SOS Racisme pour les propos que j’ai tenus, ou qui me sont imputés, sur les Roms – c’était en février dernier sur ce blog, qui était alors blog de campagne. Après avoir dû, en septembre, m’expliquer sur le sujet dans un service spécialisé de la police à la suite d’une plainte déposée contre moi par SOS Racisme et la « Maison des Potes », je vois bien que je suis dans la nasse et me dirige, ou plutôt qu’on me dirige tout droit vers la correctionnelle… Pour me distraire de cet agacement, je saisis l’occasion de me trouver au Palais pour faire quelques pas dans la Sainte-Chapelle ; mais le temps est gris et les vitraux, dont une partie est en cours de restauration, ne miroitent guère. Le plus frappant est la religieuse application des touristes à regarder en détail les voutes, à écouter les explications des guides, à consulter les panneaux. Détails ! Ce lieu servant pour moi de  bain esthétique dans le ventre enchanteur et surtout enfanteur du Moyen-Âge ; mais il faudrait, pour plonger tout à fait dans cette magie, s’y trouver seul – comme le saint roi qui, dit-on, venait  fréquemment s’y recueillir la nuit, la passerelle qui la relie au Palais donnant directement dans sa chambre. En sortant, croise Saint Robert qui part demain pour Cuba, et évoque le premier voyage qu’il fit à La Havane en 1968, ou 1969, lorsqu’il entendit tomber de la bouche de Fidel Castro cet hommage au Général de Gaulle : « Es un rebelde como yo » – cette histoire, qu’il aime tant à raconter, me fait toujours rire… Rentre à la maison pour répondre aux nombreux témoignages que je reçois après la publication de la lettre à Marine Le Pen d’avant-hier. Que d’échos, fichtre !

Le soir, mon « Libre Journal » sur Courtoisie, que je consacre aux représentations de la Grande Guerre, est improvisé mais charmant ; Philippe Marini, invité ce matin au débotté, présente par téléphone les manifestations du souvenir organisées par sa ville de Compiègne ; Ramu de Bellescize reprend l’argumentaire qu’il a fait paraître la semaine dernière dans le Monde contre la récente décision de la Cour européenne des droits de l’homme condamnant la France à introduire peu ou prou le syndicalisme au sein ses armées – moyen bien entendu de pulvériser nos instruments de défense, les français comme les européens pour ce qu’il en reste, mais également, comme il l’écrit sans détour, de permettre aux institutions supranationales de prendre en main les armées de la France ; Philippe d’Hugues évoque avec une érudition vertigineuse les nombreux films qu’a inspirés la Grande Guerre – charmant Philippe d’Hugues qui me raconte, tandis que nous sortons du studio et marchons vers le métro, comment il  rencontra mon père dans un dîner qu’il situe en 1970 et qu’il évoque avec une précision  stupéfiante – évaluant encore le nombre de verres de whisky que ce pauvre André Coûteaux dégusta ce soir-là sous son nez, et qui alimentait le feu ce qu’il dit être « sa conversation éblouissante ». Comme toujours, les personnes qui me parlent ici ou là de mon père, mondain de haute volée dans les années où je ne l’ai pas connu, prennent à mes yeux un prestige tout spécial…

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