Journal de Paul-Marie Coûteaux
Une certaine Idée de la France et du monde

La vertigineuse addition des délires du système des partis, de l'égotisme de notre bocal politique où se sont perdus, hélas, ceux qui ont tour à tour prétendu relever le drapeau, d'une longue suite de gouvernements nuls, de l'incurie de dirigeants qui n'ont de responsables que le nom et, par-dessus tout, de l'oubli par notre peuple de tout souci de lui-même, a créé autour de nous une situation certes douloureuse mais que la France a souvent connue : le chaos. Nous voici près de ce que Bainville appelait la "récurrente anarchie française", dont nous n'apercevons encore que les premiers prodromes. Ce n'est pas une raison pour croire que la France se meure. Qui connaît l'Histoire sait qu'elle en a vu d'autres, et que l'essentiel est toujours, et en dépit de tout, de faire vivre une idée de la France, et à travers elle une idée de la diversité et de la beauté du monde. Cette idée resurgira tôt ou tard : il suffit de la garder au coeur, de distinguer ce qui meurt et ce qui vit, de voir, de comprendre, de protéger la langue, et d'écrire. Voici la suite d'un journal que je tiens depuis 1992, dont j'ai déjà fait paraître des extraits dans un ouvrage, "Un petit séjour en France", ainsi que divers blogues-notes, "For intérieur" puis "Une certaine Idée"...

mercredi 12 novembre 2014

Lundi 10 novembre deux mil quatorze, Bordeaux.

À Bordeaux pour embrasser ma mère, dont l’anniversaire approche. Comme toujours, longues conversations, qui sont, à ce qu’elle me dit, le plus grand bien qu’on puisse lui faire ; et comme toujours je m’émerveille de voir la précision de sa mémoire, surtout dans les matières politiques qui l’auront toujours passionnée. Elle me rappelle que, un jour, déjà lointain (six ou sept ans, me dit-elle…), j’avais tempêté contre Marine Le Pen pour une phrase dont j’aurais alors dit qu’elle signalait chez elle une inquiétante inculture – du moins un inquiétant modernisme : « Rappelle-toi, elle avait nié les spécificités de la France, me dit ma mère, ou quelque chose du genre ». Pour tout dire, je ne me souviens plus guère de l’épisode. Il me faut recourir, moi, à la mémoire de mon ordinateur, qui garde précisément les « entrées » de mon journal depuis juin 1992, pour trouver trace de l’affaire, laquelle date en effet de 2006. À l époque, j’étais porte-parole de la campagne de Philippe de Villiers en vue des présidentielles d’avril 2007 et avais trouvé dans le Figaro cette phrase de Marine Le Pen. Celle qui dirigeait alors la campagne de son père le présentait comme « le candidat du rassemblement du peuple français débarrassé de ses spécificités religieuses, ethniques ou même politiques ». Le Figaro du 12 décembre 2006 n’avait pas manqué de relever cette phrase étrange – et moi itou.


            Le peuple français débarrassé de ses spécificités ? On peut accabler ce pauvre Philippot et la stratégie « ni gauche ni droite » qu’il a, avec son frère Damien, inspirée à Marine Le Pen, et qui ne mène à rien – sinon la perpétuelle marginalité du FN et, plus grave, celle de ses électeurs. On pointe à juste titre le « chevènementisme » de Florian, sans préciser s’il s’agit du Chevènement de 2002 ou plutôt, comme je le crois, de celui du CERES de 1974, assez proche d’une sorte de marxisme bavard dont, débarquant à l’Université de Bordeaux, vers l’âge de 18 ans, j’avais comme tout le monde subi l’influence – c’était avant la mort de Malraux et, pour moi, la découverte du gaullisme. Mais, aussi coupables soient-ils, les Philippot ont trouvé en Marine Le Pen un terrain assez favorable, ils n’ont fait que la pousser sur une pente qui de longue date glissait vers la gauche – et encore la plus radicale, celle qui justement nie les « spécificités de la France ». J’étais prévenu, en somme, et n’en fus que plus coupable d’avoir entraîné tant de mes amis dans ces impasses. « Tu devrais être plus prudent » me dit une fois de plus petite mère ; elle a raison, une fois de plus…

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